PROCHAIN ÉVÉNEMENT

Hooray!

Ron Bonnett ne peut s’empêcher de rire lorsqu’il se remémore les débuts d’Internet.

« Je me souviens d’avoir entendu des gens dire : Mais qu’est-ce qu’on pourra bien faire avec ça? », raconte le président de la Fédération canadienne de l’agriculture. « Maintenant, avant de prendre une décision, nous faisons d’abord des recherches sur Internet. »

M. Bonnett, qui exploite une entreprise d’élevage-naissage à Bruce Mines dans le nord de l’Ontario, souligne que l’Internet est son premier arrêt lorsqu’il veut avoir une idée des tout derniers prix des bovins, des nouveautés dans le domaine des rations alimentaires ou de l’équipement usagé. Au cours de la dernière année, il a fait l’acquisition d’une faucheuse-conditionneuse (hydro-swing) et d’un tracteur White qu’il a trouvés sur Internet.

« Avant d’arrêter mon choix sur une marque ou un modèle d’équipement, je veux en connaître la performance, et les gens qui en possèdent déjà donnent assez rapidement leurs commentaires en ligne, qu’ils soient bons ou mauvais, dit-il. Avant, on sautait dans notre véhicule et on passait la journée à visiter différents concessionnaires. Aujourd’hui, on va sur Internet, on regarde les photos, on les agrandit et on décide qui contacter pour voir s’il y a possibilité de conclure un marché. »

« Comme nous habitons loin de la plupart des grands concessionnaires, le fait de pouvoir chercher de l’équipement sur Internet nous fait gagner beaucoup de temps. »

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M. Bonnett décrit en fait deux choses bien différentes. Obtenir les tout derniers prix du marché est une activité assez simple en soi, même pour les sceptiques d’Internet. Par contre, d’autres activités ont une courbe d’apprentissage plus prononcée, comme trouver sur Internet des recherches de pointe sur l’alimentation du bétail (M. Bonnett souligne avoir déniché de bonnes idées dans les sites d’universités d’aussi loin que l’Australie) ou de l’équipement usagé.

Lance Stockbrugger a consacré beaucoup de temps au dernier type d’activités et estime que ces compétences particulières ont contribué à la réussite de sa ferme.

« J’ai assisté à bien des ventes à l’encan. Mais de nos jours, nous avons accès à tellement plus d’information », raconte Lance Stockbrugger qui, avec son frère Lane, cultive 4 000 acres de céréales, de légumineuses et de graines oléagineuses près de LeRoy, en Saskatchewan.

« Je peux visiter des sites d’équipement usagé et trouver pratiquement tout ce que je cherche, soit aux États-Unis ou au Canada, et comparer les prix. Je suis toujours à la recherche de bonnes aubaines. »

Dans la cour, il y a deux remorques à grain Super B que les Stockbrugger ont achetées pour la somme de 25 000 $, alors que des remorques de modèles semblables se vendaient 35 000 $ chacune. Ils estiment avoir économisé près de 30 000 $ pour un pulvérisateur à grand dégagement et près de 25 000 $ pour une moissonneuse-batteuse.

« Lorsque je compare ce que j’ai payé avec ce que j’aurais payé chez un concessionnaire, je suis pas mal convaincu d’avoir fait de bonnes affaires », dit-il.

Tout comme Ron Bonnett, Lance Stockbrugger se souvient de l’époque où acheter de l’équipement usagé signifiait passer la journée à aller d’une place à l’autre.

« Maintenant, vous trouvez sur Internet exactement ce que vous voulez, vous avez accès à des photos et à des vidéos de haute résolution, et vous pouvez chercher dans un rayon de quelques milliers de miles », dit-il.

Par contre, les meilleures aubaines vont à ceux qui sont capables de jauger une offre et qui se décident rapidement. Prenons par exemple le pulvérisateur à grand dégagement que Lance Stockbrugger a trouvé kijiji.ca le printemps dernier. Comme il s’agissait d’une vente à l’amiable, il a contacté le propriétaire, s’est rendu sur place pour inspecter l’équipement et l’a acheté la journée même.

Il convient toutefois de préciser qu’il avait d’abord donné un coup de fil à un copain qui vend cette marque d’équipement. Ce dernier lui avait donné quelques conseils comme vérifier si les joints d’étanchéité de la suspension avant présentaient de l’usure, si les pneus étaient très usés et s’il y avait des fissures sur la flèche d’attelage ou le châssis ce qui pourrait indiquer une conduite à une vitesse excessive sur un terrain accidenté. Les joints étaient effectivement usés, mais le pulvérisateur était en bon état. M. Stockbrugger estimait que, d’après ses recherches, le prix demandé était environ 30 000 $ de moins qu’un modèle comprenant pratiquement les mêmes options et le même nombre d’heures. Cet écart de prix allait couvrir amplement les 4 500 $ qu’un concessionnaire demande pour l’entretien de l’équipement et le remplacement des joints usés.

Toutefois, si vous n’êtes pas certain de ce qu’il faut examiner ou si vous n’êtes pas à l’aise avec l’idée de prendre une décision rapide, envisagez de faire affaire avec un concessionnaire.

« Le concessionnaire connaît exactement les points à vérifier, souligne M. Stockbrugger. Ce sont des connaissances qu’il faut acquérir, mais comme on ne fait pas ça tous les jours, il faut faire des recherches. Si on ne connaît pas les points faibles d’un type d’équipement, c’est facile de se faire avoir. »

Il précise que les concessionnaires (qui eux aussi consultent Internet pour trouver de l’équipement usagé) vous accordent généralement plus de temps pour prendre une décision, remettent souvent l’équipement à neuf et offrent même une garantie. « Vous devez également déterminer si l’achat d’équipement usagé est la stratégie qui vous convient », explique M. Stockbrugger, qui est comptable agréé et dont la plupart de ses clients sont des agriculteurs.

« C’est un outil de gestion qui fonctionnera pour certains, mais pas pour d’autres. Il y a beaucoup d’éléments à prendre en considération. »

Certains sont évidents. Les frais d’entretien et de réparation d’un équipement usagé sont plus élevés et, en règle générale, cet équipement n’est pas accompagné d’une garantie. Par contre, l’achat d’équipement neuf accroît les frais d’amortissement et d’intérêts.

D’autres sont plus difficiles à évaluer. De combien réduisez-vous votre efficience énergétique avec des vieux modèles? De quelle façon le fait d’avoir des équipements de différentes marques influencera-t-elle les frais d’entretien et de réparation? Êtes-vous désavantagé en ne figurant pas sur la liste des clients préférés d’un concessionnaire?

« Lorsque le dollar canadien est monté en flèche il y a quelques années, j’ai su qu’un concessionnaire téléphonait à ses fidèles clients pour les informer que certains tracteurs intermédiaires se vendaient à très bon prix, raconte M. Stockbrugger. Mais on ne m’a jamais téléphoné. »

« Sur notre ferme, nous sommes suréquipés. Comme Lane et moi travaillons à l’extérieur, nous devons exécuter nos travaux assez rapidement. »

C’est la raison pour laquelle les frères Stockbrugger achètent parfois de l’équipement neuf. Par exemple, ils laissent mûrir leur canola le plus possible et lorsqu’ils commencent la récolte, ils ne s’arrêtent qu’une fois le travail terminé, ce qui peut représenter plus de 75 heures sans pause. Comme ils ne peuvent pas se permettre de tomber en panne, ils achètent toujours des moissonneuses-andaineuses neuves.

C’est pourquoi de nombreuses fermes de grande taille achètent de l’équipement neuf ou louent de l’équipement. Certains achètent de l’équipement usagé tandis que d’autres changent régulièrement pour de l’équipement récent.

« Vous devez y aller avec ce qui fonctionne pour vous », explique M. Stockbrugger.

En bout ligne, c’est le bénéfice net qui compte, et il convient de rappeler que les frais d’équipement empiètent considérablement sur la rentabilité. Chez les producteurs de céréales et d’oléagineux des Prairies, le point de référence couramment utilisé est de 100 $ l’acre. Dans le cas d’une superficie de 4 000 acres, une amélioration du point de référence de 10 $ l’acre accroît la rentabilité d’environ 40 000 $ par année. (M. Stockbrugger tient à préciser que les points de référence ne sont que des guides et que des imprévus, comme une panne pendant les récoltes, peuvent s’avérer extrêmement coûteux.)

« C’est tout de même un facteur assez important, ajoute-t-il. Mais il faut préciser que cela vaut pour toutes les dépenses. Vous ne pouvez pas simplement dire : Je vais surveiller mes frais de réparation et d’entretien ou Je vais surveiller ma facture de produits chimiques. Si vous voulez être rentable, vous devez surveiller toutes vos dépenses. »

La maîtrise d’Internet est de plus en plus une compétence essentielle en gestion d’entreprise agricole, conclut-il.

« Lorsque mon copain concessionnaire m’appelle pour me vendre un nouvel équipement, je lui dis en riant que j’ai seulement besoin d’un siège neuf parce qu’il y a une bosse inconfortable du côté de mon portefeuille. »